
Six petits Socialistes…
Six petits socialistes rêvassaient à l’heure de gloire, l’un d’eux n’avait que peu d’espoir... N’en resta plus que cinq.
« Les jeux sont faits ». Pierre Moscovici, directeur de campagne de François Hollande, a plutôt bien résumé la Primaire Socialiste lorsqu’il a posté cette phrase sur Twitter, le soir du troisième débat des Primaires Citoyennes. Tandis que François Hollande rectifiait immédiatement par un « les dés sont jetés » pour éviter un triomphalisme déplacé, le mal était pourtant déjà fait. Comme si, un par un, one by one, les « six petits socialistes », tombant comme des mouches dans les sondages, laissaient la France deviner par avance les résultats définitifs… Peut-on penser à une fin sans issue alternative possible, dictée par la tyrannie des sondages d’opinions ? Les Primaires socialistes ne furent-elles alors, comme le laisse sous-entendre Rémi Lefebvre, auteur de l’ouvrage décalé Les Primaires Socialistes, un « feuilleton de série B », une fiction où, à chaque épisode, un des candidats s’essouffle et perd la course, détruit par les prévisions des résultats ?
Cinq petits socialistes souhaitaient tout réformer, l’un d’eux réclama plus de sécurité… N’en resta plus que quatre.
Le tableau n’est pourtant pas si noir, voire plutôt clair à première vue. Alors ces Primaires ? Succès ou échec ? Pas un échec, c’est évident. Une mauvaise foi certaine pousserait effectivement à sous-entendre que la Primaire ne fut pas une réussite démocratique. Ce processus inédit en France, proposé entre autres par Jean-Michel Baylet et Ségolène Royal, dans sa version moderne s’entend (le projet de primaires remontant en vérité aux années 70), a rassemblé de nombreux téléspectateurs lors des débats télévisuels (environ 5 millions en moyenne) et lors du vote (environ 2,5 millions de votants au premier tour). L’idée du PS d’amener un candidat en 2012 avec un soutien populaire déjà bien acquis pourrait donc porter ses fruits. Comme Nona Mayer nous le décrivait il y a quelques jours, l’élan démocratique suscité par une élection est toujours revivifiant pour les citoyens qui se sentent alors impliqués dans une tâche, dans un choix ou dans un simple échange d’opinions. En bref, un « immense succès » comme aime le chanter Harlem Désir ou alors, selon vos préférences, « seulement un français sur 4 » comme le nuance non sans une pointe d’humour Jean-François Copé.
Quatre petits socialistes s’estimaient vainqueurs, l’un d’eux le prit trop à cœur… N’en resta plus que trois.
Mais outre le débat démocratique que ces Primaires ont suscité, n’y-a-t-il pas un revers de la médaille soit l’inverse de ce que le PS voulait produire ? Comme l’explique Rémi Lefebvre dans son ouvrage à contre-courant, ces dernières auraient entrainé, entre autres, une renonciation « à l’idéal du parti militant ». Dans la même logique, ne peut-on pas penser que le calendrier des primaires, suivi à la lettre par les socialistes, les prestations télés minutées à outrance, la volonté permanente de vouloir différencier coûte que coûte les candidats par des signes distinctifs, de les ranger dans des cases (« l’antimondialiste », « l’indignée », « le libéral-socialiste »…), de mettre de côté les idées pour favoriser la personnalité, ont entaché l’élan démocratique des Primaires ?
Trois petits socialistes faisaient les pitres, l’un d’eux devait jouer l’arbitre… N’en resta plus que deux…
A la veille du second tour, alors que François Hollande et Martine Aubry se disputaient la première place lors du débat final sur France 2, toute l’attention était portée sur Arnaud Montebourg, surprise de ces primaires, qui devait alors jouer le rôle « d’arbitre ». Ne nous retrouvons-nous pas, comme le dit de manière implicite Rémi Lefebvre, en présence d’une unité de figuration qui perdura au cours des débats télévisés et qui par la suite tomba en miettes entre deux candidats, qui portent certes des valeurs de gauche, mais dont les prérogatives et l’électorat s’éloignent de plus en plus ?
Deux petits socialistes voulaient aller à l’Elysée, l’un d’eux les sondages a remporté…. N’en resta plus qu’un seul.
Gardons-nous tout de même d’un tel « Primairo-pessimisme » comme ne dirait personne, car si l’avis de Rémi Lefebvre apporte un aspect original des choses jusqu’alors ignoré, il n’en reste pas moins que nos chers socialistes ont sans doute, et ça on ne peut leur enlever, contribué à la mise en place d’un nouveau mode d’encouragement démocratique qui séduit déjà la majorité présidentielle pour les élections de 2017. Les primaires ont fait naitre de nouveaux espoirs à gauche comme Arnaud Montebourg ou Manuel Valls mais également certaines déceptions comme celle vécue par Ségolène Royal, qui a exprimé une tristesse retenue, mais touchante, devant les caméras. Par leurs interventions, les candidats ont également montré qu’un débat pluraliste mais toujours courtois était possible … et même conseillé. Ils ont cependant remis en question, d’une certaine manière, l’essence même du militantisme dont l’une des tâches principales est justement de faire le choix du candidat, entraînant peut-être comme conséquence qu’il ne sera plus utile, à l’avenir, d’être militant... si ce n’est pour faire carrière.
Cette innovation leur permettra-t-elle la percée qu’ils attendent depuis 1995 et qu’ils se persuadent à chaque petit succès d’atteindre un peu plus ?
Un petit socialiste voulait être président, peut-il le faire sans militants… ? (N’en resta plus du tout… ?) Rendez-vous le 22 avril pour le savoir !
Olivier Montégut.










































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